Miroir de L'Art

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L’expressionnisme contemporain - Miroir de l Art - mars 2011 - n24

STEPK

LA PUISSANCE DU DESSIN

Sa peinture se veut sans concessions. Tant mieux !
Elle parvient presque toujours à surprendre le spectateur.

Comment douter, au regard de cette peinture, de la capacité indéniable de tout artiste à ressentir, plus que tout un chacun, les soubresauts, les discrets séismes qui fissurent notre société ? L'artiste, le vrai, l'authentique artiste, sans cesse prend le pouls de son époque, connait de l'homme qu'il côtoie les tourments, les espoirs et les fantasmes, subodore ce que l'avenir nous réserve.

 

En résulte ainsi, chez StepK par exemple, un art qui pourra paraître torturé, qui fera même fuir, les pauvres, ceux qui ne conçoivent pas de regarder en face les réalités térribles de notre siècle, ni celle du drame humain qui se joue tous les jours sous leurs yeux, ou qui ne supportent les oeuvres d'art que si elles sont parées de couleurs chatoyantes et n'expriment de la vie que la part joyeuse et insouciante.


StepK
n'a cure de ces empressements à se voiler la face, de ceux qui voudraient limiter l'Art à des oeuvres gaies et surtout pas sérieuses. J'ai entendu l'autre jour un collectionneur soupirer que la vie est bien assez difficile comme cela pour mettre sur nos murs des tableaux austères, sombres et déprimants... Ah bien oui, alors lui ai-je rétorqué, surtout ne lisez plus Victor Hugo ou Céline, et précipitez-vouz sur les textes de Marc Lévy, la vie paraîtra, n'est-ce pas ? plus douce...

StepK nous envoie en plien face des visages, des gueules d'ange ainsi qu'il les nomme malicieusement, des émanations christiques ravagées par quelque souffrance intérieure, par de sourdes angoisses, par un mal-être dont on ne sait l'origine. En une peinture expressionniste qui ne prend pas de gant, ne cherche pas à plaire, StepK pénètre au coeur de l'humain.

 

S'il poursuit ce faisant une quête mystique, notamment dans ses toutes dernières oeuvres, il ne cesse de chercher plastiquement à donner à la représentation une intensité peu commune. Le dessin est puissant et joue des oppositions de tons, tout en s'astreignant à donner à l'ensemble un aspect monochrome, dépouillé, presque nu.

C'est aussi et surtout une réinvention du monde qui transparait dans cette peinture, une réappropriation par l'artiste de scènes bibliques ou tout simplement de l'homme seul face à sa destinée. On ne peut y demeureur insensible tant la composition, les couleurs employées, le trait démultiplié, tout concourt à conférer au tableau une présence presque magique, dont on ne peut se détourner, hypnotique.

 

Ludovic Duhamel
Miroir de L'art